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Lookout for the #snapchot ... might be fun.


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Sunday, 22 February 2009

My 9.11 wake-up call (part 9.9)

Leslie ayant reçu des mails d’amis très inquiets, on a réalisé qu’il fallait appeler nos familles respectives, ce que, sans l’ombre d’une hésitation, Leslie m’a accordé lorsque je lui ais demandé si je pouvais les appeler d’ici. Leslie a commencé à chiffrer le numéro de sa famille en Suisse, mais impossible d’obtenir une ligne, ça sonnait tout le temps occupé. Après quelques tentatives infructueuses, elle m’a passé l’écouteur. Plus chanceuse, j’ai obtenu une ligne tout de suite, et après quelques sonneries, m’a mère a immédiatement décrochée.
Lorsqu’elle m’a entendu, elle a poussé un énorme soupir de soulagement qui m’a tout de suite indiqué qu’elle était au courant, et horriblement inquiète. Bien entendu, elle a voulu savoir si j’étais saine et sauve.
- Mais Maman, tu te rends compte de ce qui se passe ici ??? Des avions dans les tours, lui ai-je rétorqué d’une voix totalement hystérique m’a-t-elle avouée plus tard.
- Mais où étais-tu ?
- Aux pieds des tours
- Aux pieds des tours !!!! répète-t-elle totalement horrifiée. Mon Dieu !!
Je la rassure en lui expliquant qu’on est parti juste avant qu’elles ne s’effondrent, que j’étais avec Leslie et qu’on vient seulement d’arriver chez elle d’où je l’appelle.
Je ne me souviens plus très bien de la suite de l’entretien, sauf qu’ils étaient extrêmement inquiets, mon père et elle. Voyant que Leslie commence à s’impatienter car elle aimerait bien joindre sa famille elle aussi, je lui propose que mes parents essayent de joindre les siens pour les rassurer puisqu’il n’y a pas de problèmes de lignes téléphoniques saturées en Europe. Je lui passe ma mère afin qu’elle lui donne le numéro de téléphone, soulagée. Finalement, juste après avoir raccroché d’avec ma mère, elle retente le numéro de ses parents et les obtient finalement, assez rapidement.

Je m’éloigne alors un peu, afin de la laisser discuter librement, et c’est alors que j’ai tout le loisir de me concentrer sur la radio. Le journaliste a l’air un peu perdu, à peu près tout aussi choqué que nous, aussi peu informé de ce qui se passe vraiment. Il répète inlassablement les mêmes informations, énonçant les nouvelles données dès qu’il les obtient. Ainsi : plusieurs avions sont toujours portés disparus d’après les radars des tours de contrôle. Les tours se sont effondrées, écrasant les rames de métro qui ont eu le malheur de passer en dessous à ce moment là, bloquant les lignes de métro. Le nom de Ben Laden revient régulièrement.

Ils sont gonflés d’accuser quelqu’un à la légère comme ça, juste après le drame. Ils n’ont pas de preuves concrètes, ce n’est pas possible aussi rapidement. Me dis-je tout en tournant en rond dans les deux pièces qui constituent la galerie car il m’est absolument impossible de tenir en place deux minutes.

Toutes les entrées sur Manhattan sont bloquées. Le ciel aérien est fermé. Les transports et toutes les institutions publiques sont paralysées. Nous sommes le jour de l’anniversaire des accords de Camp David.

- Tu as entendu ? demandais-je à Leslie qui après avoir raccroché est toujours connectée à Internet tout en écoutant la radio.
- Quoi ?
- Camp David. C’est pour ça !!!! C’est le jour de l’anniversaire des accords. C’est pour ça que ça s’est passé aujourd’hui !!!

Bizarrement, avoir trouvé une explication (même erronée comme il s’avèrera par la suite) me permet de me libérer d’une partie de mon angoisse, je commence à apercevoir une explication. Cependant, c’est tellement énorme ce qui vient de se passer que je n’arrive pas à comprendre comment on peut en arriver là. Vient la colère. Leslie, comme moi, est à cran et énervée. On tourne en rond ensemble. On va de la fenêtre à l’ordinateur, à la fenêtre donnant sur la cour intérieure ensoleillée. Tout est calme et paisible, la rue n’est pas très passante, et il n’y a de toute façon plus de voitures circulant dans Manhattan en dehors des ambulances que l’on entend de loin en loin, et de plus en plus rarement, la journée passant. C’est étrange ce calme, cette atmosphère somme toute paisible, en totale opposition avec le chaos qui est déversé par les haut-parleurs.

Petit à petit, après environ deux heures passées à écouter les nouvelles, comme la situation semble s’être « stabilisée » (du moins, les journalistes n’ont plus grand chose de neuf à nous apprendre pour le moment), je me rends compte qu’il faut que je rentre chez mes amis car j’ai dit à ma mère qu’on se rappellerait à ce moment là, j’ai envie de lui parler. En plus, je n’ai pas joint mes amis qui ne savent donc pas ce que je suis devenue, moi ne sachant pas ce qu’il leur est arrivé non plus.
Au bout d’une demi-heure encore, je me décide finalement à partir, laissant Leslie toute seule, tout en se promettant de se téléphoner pour voir si tout va bien.

Afin de rejoindre l’appartement de mes amis, il me faut juste traverser Central Park. C’est assez curieux. Il est environ 13h30, il fait beau, le soleil écrase tout le paysage de lumière, l’air est calme dans les rues dépourvues de voitures.
Je passe devant un stand qui, comme tant d’autres, vend des souvenirs pour touristes à l’entrée du parc. Je pense à mon cousin car je vois la casquette qu’il m’avait demandé de lui rapporter de New York si je le pouvais, mais franchement à ce moment là, ça me semble tellement ridicule, que j’en pleurerais presque. De toute façon, les alentours sont déserts, le stand est abandonné à son triste sort.
Il y a paradoxalement beaucoup de monde dans Central Park. Comme il n’y a plus de métro, les gens sont obligés de marcher. Devant moi passe une jolie brune. Comme je marche la tête baissée, je m’aperçois qu’elle marche sans chaussures, en collants.

Mais elle n’est pas nette, elle va abîmer ses collant. est ma réaction immédiate. Je lève les yeux pour regarder à quelle genre de personne j’ai affaire, les originaux étant plutôt monnaie courante à NY. En fait il s’agit d’une employée de bureau qui a tellement mal aux pieds à force de marcher qu’elle a tout bêtement mis ses chaussures dans son sac à main, car elle n’en était plus à des considérations matérielles de collants abîmés…



La suite de l’après-midi est confus, forcément. L’arrivée à l’appartement pour y trouver Luiza à deux doigts d’appeler la police pour signaler ma disparition, apprendre que Nicolas était à côté du bâtiment touché à Washington et qu’il est coincé dans la ville jusqu'à nouvel ordre. Les sous-vêtements de Luiza vite rangés pour que je puisse regarder la télé dans la chambre.
Les images de l’endroit même où je me suis tenue il y a peu, blanc de débris et poussière me font peur.


[…]


Le petit déjeuner le lendemain, seule dans l’appartement, encore déboussolée, mais ayant bizarrement bien dormi. Sensation de flottement, difficulté à se concentrer et à penser. Je me dirige vers le rebord de la porte fenêtre de la cuisine, la tête vide, pour regarder dehors, essayer d’entendre des bruits, de la vie.
Rien. Personne. Le ciel est gris. La pluie ne va pas tarder
Cependant, une odeur de barbecue monte. Indignée que qqn puisse faire un barbecue dans un moment pareil, je me penche, me tord le cou pour voir qui fait ça dans les jardins.
Jusqu’au moment où je comprends d’où vient cette odeur et une nausée abrupte me fait me tourner violemment vers la cuisine, la main sur la bouche.

Dans les rues ? C’est pire. Inimaginable.


Juillet 2002, en face de Detterbeck.

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