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Lookout for the #snapchot ... might be fun.


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Sunday, 22 February 2009

My 9.11 wake-up call (part 8.9)

Pendant ce temps, le bus n’avance pas très vite car non seulement de nombreux véhicules remontent vers le nord et essayent de quitter Manhattan tant qu’ils le peuvent, mais en outre, à chaque arrêt, le bus est tellement bondé, que pour monter ou descendre, cela devient relativement compliqué et lent. Ainsi la bousculade est inévitable, mais personne ne s’en plaint jusqu’à ce qu’une femme élève la voix au fond du bus. Alors, la jeune noire, toujours à l’écoute de son téléphone, ne peut s’empêcher de crier à la femme mécontente :

- Des gens sont en train de mourir là-bas en bas. Des gens meurent, s’il vous plaît, un peu de respect, des gens meurent ! Des gens meurent en bas !!

Puis elle reprend ses annonces.

- Un avion s’est écrasé à Philadelphie et dans d’autres villes.

Mon Dieu, il pleut des avions. Je me penche prudemment vers la fenêtre afin d’observer le ciel, m’attendant à tout instant à voir un avion nous tomber dessus. Je me referme complètement sur moi-même, en train de céder à la panique. Je n’ai plus conscience des gens qui m’entourent, sauf de cette voix.

Il faut qu’on rentre le plus vite possible. Mon sac est presque prêt, il me faut une heure pour tout ramasser, puis une demi-heure pour descendre prendre le bus pour l’aéroport et ensuite j’essayerai de prendre le premier avion en partance. Je ne vais pas attendre ce soir.
Mais le problème, c’est que la prochaine cible risque fort d’être un bus, et dans le tunnel plein à craquer de voitures, si ça explose, on est foutu. Je ne veux pas mourir noyée. Oh non ! Comment faire pour aller à l’aéroport ? Prendre le Washington Bridge ? Ouais, au moins si ça explose, il reste une chance de pouvoir nager éventuellement si on n’est pas touché par l’explosion……………

- 6 avions sont portés disparus !! (ce qui s’avèrera faux par la suite, comme nombre d’autres annonces qui ont fleuri dans le ciel new-yorkais ce jour-là).

Mon Dieu, c’est le début de la troisième guerre mondiale. Ce n’est pas possible. Je vais rester coincée ici à jamais…non, ce n’est pas possible. Plus d’avions, un océan entre moi et ma famille. Je me voyais déjà en train d’errer entre les ruines de New York comme au temps de la seconde guerre mondiale en Allemagne… je n’avais qu’une idée fixe : revoir mes parents et mon frère au moins une fois pour leur dire combien je les aime. Je ne pensais à absolument rien d’autre, ni personne d’autre. Juste les revoir au moins une dernière fois pour leur dire ça.
A ce moment-là, j’avais les yeux embués à l’idée que ça pourrait bien ne pas arriver. En tournant la tête, j’ai croisé le regard de Leslie. J’y ai lu de la surprise de me voir dans cet état bien que si mon souvenir est bon, son état d’esprit n’était guère plus brillant. Cependant, ayant eu le sentiment de lire de la réprobation dans ses yeux, cela a été salutaire. Je me reprends comme la fille raisonnable que je suis. Allez, allons-y petit à petit, rien ne sert de tout prendre en même temps. Pour le moment, on est dans le bus qui avance, direction chez Leslie. Après, j’irais faire mes bagages et on verra bien ce qu’on peut faire ensuite. Stop.

Après un gros soupir qui me libère (très vaguement) de la tension qui monte silencieusement, je reprends contact avec le monde qui m’entoure.
Le bus avance relativement rapidement. Il fait un temps splendidement indécent. Nous nous trouvons maintenant plus haut dans l’île, non loin de l’Empire State Building. Nous sommes plusieurs à penser qu’à NY, la prochaine cible sera l’Empire State Building. C’est avec crainte que je guette donc le ciel de Park Ave aux alentours du building. C’est avec un soulagement indicible que je le vois s’éloigner. Je ne suis pas la seule à sourire stupidement.

- Bon, normalement, on est tranquille là où on va (82 Sreet East, c’est-à-dire l’Upper East Side, ndrl). Il n’y a rien d’intéressant à faire exploser, dis-je à Leslie.
- Il y a le Metropolitan Museum, me rétorque-t-elle.
- Attends, ce n’est pas intéressant un musée, ça ne ferait pas assez de morts. Il y a d’autres lieux plus attractifs de ce point de vue : Rockfeller Center et tutti quanti.
Horrible conversation quand on y repense.


Soulagée quant à notre avenir immédiat (bien que l’idée d’une bombe dans notre bus m’ai déjà traversée l’esprit, mais bon, on ne pouvait rien y faire de toute façon), je me mets à regarder à l’extérieur. Là je suis choquée. Tout a l’air si normal que c’en est indécent. Quelques hommes d’affaires sortent des bureaux avoisinants et regardent craintivement vers le sud en attendant que le feu pour piétons passe au vert. Nous sommes au niveau de la 50ème rue sur Madison Ave maintenant. Après un moment encore d’immobilité forcée, coincées dans ce bus qui n’en finit pas d’arriver, nous nous approchons de notre arrêt de la 80ème rue. Là, l’ambiance extérieure est encore plus révoltante. Au niveau de Central Park, des gens, totalement inconscients de ce qui vient et est en train de se passer à seulement quelques centaines de mètres d’eux, sont toujours assis aux terrasses des cafés, en train de siroter leurs boissons. J’ai l’image devant les yeux d’un homme jeune, bien en chair, en train de dévorer à belles dents une glace, assis au soleil et plaisantant avec sa compagne. J’ai eu envie de pleurer et de vomir en voyant ça.

- Ce n’est pas possible, murmurais-je doucement.

Ecoeurée, je suis soulagée lorsqu’on arrive à notre arrêt. Confinées dans ce bus, en vase clos trop longtemps, serrées, bousculées, descendre et pouvoir reprendre un peu le contrôle des choses par le simple fait de marcher, est agréable. Il fait chaud, mais on se dépêche afin d’arriver le plus vite possible à la galerie d’art où loge Leslie. Pourquoi se dépêcher, je me le demande maintenant, mais en fait, je crois que ce qui nous pousse est le désir de savoir ce qui se passe grâce à la radio, à internet.


On monte les escaliers quatre à quatre, un peu bruyamment apparemment puisqu’une des voisines passe la tête par la porte pour voir qui fait tout ce raffut. Leslie m’explique énervée que de toute façon, elle passe son temps à espionner.
Arrivées dans la galerie, bien fraîche et à l’ombre, il est environ 11 heures. Leslie a branché la radio qui déverse son flot de paroles par les haut-parleurs situés dans les deux pièces. Pour le moment, on n’y prête pas beaucoup attention, Leslie se précipitant sur l’ordinateur. Je ne sais plus sur quel site elle s’est connectée, CNN je crois car Yahoo ne fonctionnait pas. Et c’est à partir du moment où j’ai vu cette toute petite photo des tours en feu au moment du crash du deuxième avion, que l’horrible irréalité a pris forme et que j’ai commencé à réaliser et à intégrer que ce qu’on nous avait dit depuis deux heures était vrai.
Abasourdies, horrifiés, on a survolé quelques articles tout en captant quelques mots de la radio qui déversait toujours ses mauvaises nouvelles en bruit de fond, sans souffler mot car ils ne servaient plus à rien. C’est là qu’on a appris que les deux tours s’étaient effondrées, que Washington avait bel et bien était touché et que des avions étaient encore portés disparus, mais qu’il n’y avait pas eu d’autres explosions à New York comme on nous l’avait annoncé.

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