Look for it

-

I'm back a bit.
Welcome back.

Lookout for the #snapchot ... might be fun.


-





Sunday, 22 February 2009

My 9.11 wake-up call (part 6.9)

N’ayant pas d’autres choix, nous nous remettons en marche vers le nord. Nous n’allons pas attendre ici que ça nous tombe dessus comme tout le monde, n’est-ce pas ? On ne pensait tout de même pas si bien dire...


- On se croirait dans un film.
- Oui, les grandes scènes de guerre ou de terreur.
- Je suis sûre que d’ici un an ou deux, il y aura des producteurs qui essaieront de mettre ça en film.
Mais ils n’y arriveront jamais. Ils ne pourront pas reproduire ce sentiment d’horreur, c’est impossible.

- Tu as sûrement raison
- C’est horrible, un vrai cauchemar collectif.

Malheureusement, on ne va pas se réveiller.

Il me semble que j’ai encore marmonné quelque chose concernant les films tout en quittant City Hall Square.


Nous continuons impitoyablement la remontée, tout aussi interminable que la descente, mais l’état d’esprit n’est plus le même. Si je suis fatiguée par le rythme tout aussi rapide que nous soutenons malgré la légère côte, je ne le sens pas. La foule est de plus en plus présente. Les personnes qui ont retrouvé un peu leurs esprits font comme nous afin de rentrer chez eux le plus vite possible, voir leurs proches et les rassurer.

Au cours de ce que l’on peut appeler notre « fuite » (du moins, c’est comme ça que je l’ai ressenti), on se serait cru dans un film de guerre, comme ceux qui montrent l’arrivée des Allemands dans Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Devant nous, sur le trottoir, une voiture s’est arrêtée, brutalement vu la façon dont elle est garée en travers du trottoir. Toutes ses portières sont ouvertes, le volume de sa radio a été poussé au maximum, et une bonne trentaine de personnes sont agglutinées autour afin de percevoir les dernières informations.
Leslie se dirige tout naturellement vers la voiture afin qu’on comprenne quelque chose. Moi à sa suite, elle s’approche aussi près que le rassemblement le permet. Nous percevons des bribes de phrases, avec toujours le mot « Plane » qui revient, mais le son est très mauvais. Ainsi, ne pouvant accepter cette info complètement démente, je me dis que je ne comprends pas bien l’anglais, que je suis trop bouleversée pour comprendre quelque chose. Je ne sais pas ce que Leslie en pense, mais elle ne semble pas non plus adhérer à cette version.


Tout en remontant, nous ne jetons pas vraiment de coup d’œil vers le sud pour voir ce qu’il en est. C’est là qu’à un moment, je ne sais aujourd’hui toujours pas pourquoi, je me retourne légèrement, juste à temps pour voir une voiture remonter à toute allure la chaussée vide.
C’est une voiture de « secours » : pompiers, police ou secours médical. Mais il nous a été impossible de l’identifier pour la simple et bonne raison qu’elle était totalement recouverte d’une épaisse couche d’une fine poussière blanche. Quand je dis totalement, c’est totalement, les vitres en étaient opaques. Mais ce qui m’a le plus interpellé, ce n’est pas la voiture, mais le passager arrière droit. La fenêtre était baissée et un avant bras tout grisâtre de poussière était posé sur le rebord. « Pendait » serait sûrement un verbe plus approprié. Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à savoir si ce bras appartenait à un être vivant ou à un mort. Le conducteur conduisait de manière tellement folle que j’ai cru qu’il se rendait à l’hôpital le plus proche afin de voir si on pouvait encore faire quelque chose. Bref, cette désagréable impression me reste. C’est quand même fou de ne pas arriver à distinguer un être vivant d’un cadavre.
Et cet épisode a eu lieu sans même que je sache d’où le véhicule pouvait bien venir et surtout pourquoi il était couvert de poussière...Cette dernière constatation m’a fait regarder derrière moi, tout comme Leslie, et je me souvient de la perspective qu’on avait : une rangée de buildings de chaque coté de la chaussée rétrécissait l’horizon et au bout, le blanc. « Pourquoi ? », « Comment ? » ne se sont pas posés sur le moment, aussi bizarre que cela puisse paraître. Nous sommes juste reparties de plus belle dans l’autre sens, sans se poser de question.


Un peu plus loin, il y a un peu plus d’animation et de magasins car nous approchons de Canal Street. La population a l’air moins choquée ici car elle est moins proche du drame, et comme nous, il lui faut plus de temps pour digérer la vérité.
Cependant, en passant près d’un camion de livraison bleu et blanc, lui aussi arrêté au milieu du chemin, portes ouvertes et radio en fond sonore, une petite bonne femme rousse aux cheveux coupés courts, m’agrippe l’avant-bras.

- Le Pentagone est touché, me dit-elle avec des yeux tellement agrandis par l’horreur que j’y vois mon reflet.
Incrédule, croyant que mes oreilles m’ont joué un tour, je répète stupidement :
- Le Pentagone ?
- Oui, un avion s’est écrasé dans le Pentagone

Ben tiens, me dis-je en me dégageant avec difficulté de son étreinte, et moi je suis Napoléon XIV. Non mais les gens délirent. On est aux Etats-Unis. Allô !, Les Etats-Unis = surprotection, rapides de la gâchette. Ils laisseraient les avions se balader comme ça maintenant ? Mais oui bien sûr. Elle a craqué. Elle est hystérique.

Tout ceci me passe par la tête en moins de deux secondes. Je répète les propos de la brave dame à Leslie qui n’y croit pas non plus.


Je commence à remarquer les cabines téléphoniques que nous rencontrons en chemin pour la simple et bonne raison que chacune est le point de départ d’une file d’attente. Plus ça va, plus les files s’allongent, jusqu’à une vingtaine de personnes. C’est assez impressionnant d’autant que les personnes attendant de pouvoir joindre leurs proches ou amis, sont d’un calme olympien.
Sur le moment, je note juste que les téléphones portables ne fonctionnent pas. Je me suis dit que les réseaux avaient sauté suite à l’encombrement. En fait, la raison était tout simplement que les antennes de retransmission des réseaux se trouvaient sur l’une des tours du World Trade Center, or à ce moment-là, elles s’étaient toutes les deux effondrées.



Juste au croisement avec Canal Street, je me souviens d’un couple d’asiatiques en train de mettre en place leur étalage de fruits et légumes, comme tous les jours. Ils n’avaient pas l’air de se rendre compte du changement qui était dans l’air, du fait qu’il y aurait peu de clients ce matin-là, bien que la femme ait jeté plusieurs coups d’œil anxieux vers le sud.

En traversant Canal Street au pas de course, je me rend compte que l’activité y ait presque normale. De nombreux touristes déambulent devant les nombreux magasins. On se croirait presque revenu à la normal, enfin !
C’est de courte durée.

No comments: