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Lookout for the #snapchot ... might be fun.


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Sunday, 22 February 2009

My 9.11 wake-up call (part 5.9)

Sans commentaires, faisant comme si nous l’avions cru, nous nous retournons alors vers la vision d’apocalypse. La fumée se répand de plus en plus au-dessus de nos têtes, mais elle reste cependant bien au-dessus de nous, ce qui n’est pas franchement le cas plus au sud. Sur le ciel noirci scintillent des éléments blancs. On dirait des confettis argentés ou alors des flocons de neige sur lesquels le soleil se reflète. C’est assez féerique. Je n’arrive pas à comprendre ce que c’est. Je suis des yeux la lente et gracieuse descente de quelques uns de ces objets dansants. Il me faut une à deux minutes tellement je suis perturbée pour comprendre que ce sont des petites parcelles des tours qui se sont détachées et qui volent qu vent.
Gênée, je saisis mon appareil photo car j’ai le sentiment confus qu’il faut que je capture ce moment que l’on sent historique. Je me sens tout de même l’âme d’un voyeur à ce moment-là car même si on n’en a pas parlé, nous sommes toutes deux conscientes que des gens sont en train de mourir.
Avec le zoom maximum, je prends quelques clichés. Ironie du sort, c’est la première fois que j’utilise un film noir et blanc, ce qui ajoute une impression de gravité à ces photos. J’en fais la remarque à Leslie.

-C’est la première fois que j’ai un film an noir et blanc, dis-je en secouant la tête face à l’ironie du sort.
-Tu me feras des doubles, me dit Leslie, concentrée, choquée, ne cessant de demander pourquoi, mais ne désapprouvant pas mon geste (du moins il me semble).

Mes voisins m’observent avec me semble-t-il un sentiment d’envie. En effet, la grande majorité des gens rassemblés ici sont des personnes qui travaillent soit dans les tours, soit dans les immeubles environnants qui ont également été évacués. Evidemment, très peu ont un appareil photo sur eux, alors qu’ils auraient également souhaité immortaliser cet instant. En me retournant, j’aperçois trois japonais derrière nous. Ce sont les seuls qui possèdent un appareil photo alentour, un jetable kodak.

-Les gens sont fous de rester là. Pourquoi restent-ils plantés comme ça ? Pourquoi la police les laisse-t-elle approcher autant, c’est beaucoup trop dangereux.
-Ca va s’écrouler, ce n’est pas possible autrement.

Juste comme nous émettions ces remarques, je regarde le coin sud/ouest de la place, c’est à dire le bout de notre terre-plein. Il y a une seule femme policier interdisant l’accès plus proche des tours si tant est qu’il y ait quelqu’un qui ait envie d’aller y faire un tour. Pile poil à ce moment-là, un sentiment d’horreur me submerge quand brusquement, un mouvement de foule paniquée se produisit. La foule au sud a brusquement commencé à se retourner et à fuir aveuglément en sens inverse, c’est à dire dans notre direction. Un vrai raz-de-marée humain, capable de tout renverser sur son passage. Figées sur place, incapables de faire le moindre mouvement, nous observons cette vague se rapprocher et s’arrêter, aussi soudainement qu’elle avait commencé, à 10-15 mètres de nous. Le plus extraordinaire est que tous ces gens qui ont été pris d’un mouvement de panique, une fois arrêté, pas un n’a bougé et ils ont tous repris leur observation statique !

- On ne peut pas rester ici, il faut partir, me dit Leslie.
- Oui
Oh oui, il vaut mieux partir avant de se faire écraser. Je déteste les mouvements de foule, c’est une chose qui me fait peur par cette puissance que j’ai justement pu évaluer quelques secondes plus tôt !! Ainsi, je ne me fais pas prier pour suivre Leslie. Un coup d’œil à ma montre. Il est 9h40.
Il est cependant dur de détourner son regard. Néanmoins, une fois arrachée à cette contemplation, je ne me retourne plus. Et là un tout autre monde défile devant mes yeux.


Une mer de visages se présente devant nous, nombreux étant ceux craintivement tournés vers les tours. De nombreuses personnes se sont regroupées dans un besoin de soutient, au moins physique à défaut de psychologique.
Les gens parlent très peu. Un groupe de jeunes devant nous discutent doucement. Beaucoup sont en pleurs ou sont tellement choqués qu’ils se sont retirés en eux-mêmes et sont plantés là, absents, regardant à travers moi comme si j’étais transparente.

Décidées, nous essayons de fendre la foule inerte. Etonnés, certaines têtes se tournent à notre passage, semblant dire « Mais qu’est-ce que vous faites ? Ca ne vous intéresse pas ? »

Ils sont fous de rester là, mais pourquoi restent-ils plantés là ! ! !

Nous progressons lentement, n’ayant pas assez d’yeux pour essayer de capter l’ampleur du désastre. Chaque nouvelle image de désolation nous perturbe un peu plus.
Sur notre gauche, une femme africaine en tenue traditionnelle est écrasée de douleur. Elle pleure et crie, sa famille, tout aussi accablée, ayant du mal à la calmer et à la retenir.

Après avoir fait quelques mètres, nous arrivons en face du Brooklyn Bridge. Une femme policier à notre droite, devant le pont, tente vainement de faire circuler la foule, de l’évacuer vers Brooklyn ou le métro tout en répondant à un passant que ça avait explosé à Brooklyn, qu’il y avait une ou plusieurs bombes... ! !

Les nouvelles glissent sur moi. J’ai beau les enregistrer et les comprendre, mon esprit se refuse à les accepter. Je ne vois que l’ironie de la chose, comme si j’étais un spectateur, bien au chaud dans son fauteuil : un policier qui tente de vous évacuer dans un quartier où les bombes explosent ? Intéressant et tristement comique...

Ok, me dis-je, ça vient de se planter là-haut derrière moi, donc ce n’est pas sûr ; à Brooklyn, tout saute, donc ce n’est pas sûr non plus. Mais qu’est-ce qu’il se passe bordel !

Quittant la femme policier, mon regard se déplace vers l’entrée du pont de Brooklyn. Nouvelle surprise. Des deux côtés de la passerelle pour piétons, la chaussée est vide. Le pont est absolument vierge de toute voiture. Par contre, la passerelle pour piétons est quant à elle, surchargée. La foule y est tellement compacte qu’on ne distingue plus que des têtes et des épaules illuminées par le soleil cru.
L’image est tellement inhabituelle et frappante lorsqu’on connaît un peu NY, que je m’arrête et stoppe Leslie d’un mot, afin d’immortaliser cela. A ma surprise, Leslie ne dit rien et est à peine impatiente.

- On ne reverra jamais ça ! m’exclamais-je sur la pointe des pieds afin de dépasser le flot passant devant moi. Finalement, j’obtiendrais en premier plan la foule devant moi et en arrière plan, le pont à la chaussée déserte, blanc de soleil.

Nous détournant, nous nous dirigeons vers la bouche de métro à notre gauche.

- Viens, on va prendre le métro, me dit Leslie
- Si tu veux, m’entendis-je lui répondre avant même de réaliser ce que je répondais. Inexplicablement, je répugne à descendre m’enterrer dans le sous-sol, à quitter la lumière du soleil. Hésitante sur la première marche en regardant vers le bas, je jette un coup d’oeil à droite et à gauche, sans pour autant trouver d’excuse valable... Sentant le regard étonné de Leslie posé sur moi, je me décide à descendre.


Arrivée en bas des marches, je n’ai pas fait un pas dans la station. Complètement sidérée, je stoppe net. Il nous apparaît à toutes les deux comme illusoire de tenter quoi que ce soit avec le métro. L’air est surchauffé, oppressant. L’ambiance est totalement différente là-dessous. C’est la folie. Ca ressemble à une fourmilière en ébullition. Les gens courent en tout sens, se bousculent. Beaucoup remontent précipitamment. Des bribes d’information volent dans l’air, comme quoi telle ou telle ligne serait bloquée, telle station est fermée...c’est le chaos. Ce qui frappe surtout, c’est l’agitation par rapport à l’inertie qui caractérise la scène au-dessus de nos têtes.

A mon grand soulagement, j’entends Leslie proposer derrière moi :

- On remonte ?
- Oui, soupirais-je soulagée, n’osant pas le proposer moi-même. Nous nous précipitons vers la sortie.

Retour à la case départ. Soulagées de nous retrouver à l’air libre, nous ne savons pas plus qu’avant ce que nous pouvons faire pour sortir de tout ça...malheureusement, rien.

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