Look for it

-

I'm back a bit.
Welcome back.

Lookout for the #snapchot ... might be fun.


-





Sunday, 22 February 2009

My 9.11 wake-up call (part 4.9)

Nous avons dépassé Canal Street où il y a toujours autant d’animation et de touristes et où tout semble normal. Nous poursuivons encore et toujours notre descente, ça paraît interminable. Leslie et moi parlons très peu, si ce n’est pour répéter inlassablement « Mais qu’est ce qui se passe ?? » tout en nous dépêchant ; pourquoi ? je ne sais pas.

Il y a une légère accalmie, moins de monde venant à notre rencontre. Cependant, les quelques personnes que nous croisons se dirigent toujours résolument vers le Nord, pas une vers le Sud.

C’est là que j’ai une véritable vision. Aujourd’hui encore, ça m’intrigue énormément.
Au beau milieu d’une des plaques de béton qui constituent le trottoir New-Yorkais, se trouve une paire de sandales en cuir…toute seule…parfaitement disposée, les deux pieds parallèlement dirigés vers le Nord, comme si, comme dans un film de science-fiction, leur propriétaire s’était volatilisé, attiré par une puissance supérieure, ne laissant que ses chaussures au beau milieu du chemin. C’est exactement ce qui m’est venu à l’esprit quand j’ai vu ces chaussures devant moi. J’ai stoppé net, les contemplant puis regardant alentour. J’étais parfaitement seule, Leslie ayant continué son chemin. Personne en vue à qui ces chaussures pouvaient bien appartenir. J’ai vraiment eu le sentiment que la personne s’était subitement élevée dans les airs… tout en sachant pertinemment que ce n’était pas possible, mais l’ambiance était telle depuis quelques minutes (le bus s’était arrêté seulement 20 minutes auparavant…) que c’est tout ce qu’il m’est venu à l’esprit.
J’ai hésité à les prendre en photo afin qu’on me croit lorsque je raconterais cette histoire (et qu’on ne crois pas que j’ai fumé !!) mais j’y ai renoncé, en me disant qu’on allait me prendre pour une parfaite imbécile à prendre en photo une paire de chaussures au milieu de la route…

J’ai donc repris mon chemin, en accélérant un peu l’allure afin de rattraper Leslie.

Nous longeons maintenant un bâtiment fédéral dont surgissent subitement deux agents du FBI qui se mettent à courir tout en enfilant des survêtements ayant « FBI » imprimé en grosses lettres jaunes dans le dos...comme dans les films. Mais pourquoi donc le FBI s’agite-t-il ? C’est irréel de les voir se faufiler ainsi à travers la foule, le plus vite possible.

Il y a de plus en plus de monde, la foule est maintenant compacte. Nous croisons de plus en plus de gens en pleurs, des familles en train de se lamenter.

Juste après avoir dépassé le bâtiment fédéral, au moment où nous voulons traverser la rue afin de gagner le square du City Hall, nous nous tournons vers la source d’un bruit insolite. Un gigantesque engin surgit subitement, tous gyrophares dehors, mais sans bruit autre que celui des freins, manque de verser en prenant le virage devant nous, et disparaît en direction du Sud et notamment des tours en feu. Nous avons cependant le temps de lire l’inscription qui se trouve sur les flans du camion/caravane (il ressemble aux camions des pompiers américains, sans la pompe à eau, tout aussi rutilant). Il s’agit de l’état-major d’urgence du maire de New York...

-Ca doit être bigrement important pour que le maire se déplace, fais-je remarquer, sans toutefois que ni l’une ni l’autre ne réalise sur le moment toutes les implications que la présence ce simple camion entraîne.

Evidemment, la théorie du court-circuit accidentel a disparu depuis longtemps de nos têtes, mais rien ne nous permet d’imaginer ce qui s’est réellement passé.

Nous traversons alors la rue afin de rejoindre le square. Les gens sont rassemblés là, comme pétrifiés. Je n’oublierais pas le visage de certaines des personnes que j’ai croisées ce matin-là. Leur image est gravée dans ma mémoire. Elles avaient toutes des visages pétrifiés, des yeux agrandis par l’horreur et l’incrédulité, dans lesquelles on pouvait voir son propre reflet. Les gens nous fixaient sans nous voire, perdus dans leur tourmente intérieure. Je n’arrive pas à trouver les mots pour décrire le sentiment d’irréalité qui nous environnait.

Nous fendons la foule agglutinée et traversons la chaussée afin de nous retrouver sur le terre-plein au sud du square. Précaution inutile puisque la circulation est coupée, mais cela n’empêche que personne ou presque ne se trouve sur la chaussée. C’est plus sûr dans l’hypothèse où une voiture officielle essayerait de se frayer un chemin, ce qui semble improbable vu la proximité du désastre.
Une fois bien à l’abri sur notre terre-plein (nous avons eu un peu de mal à y trouver un peu de place libre tant il est occupé par une foule immobile et silencieuse fixant un point en hauteur sur notre droite), nous levons enfin la tête. Il est 9h25 environ.

Le silence plus que tout est impressionnant. Il ne règne pas de bruit ou presque. Ce qu’on entend ressemble au bruissement des feuilles dans le vent. En fait, lorsqu’on lève la tête, on se rend compte, que ce bruissement provient du feu d’enfer qui abîme les deux tours. Même à cette distance (un immeuble nous sépare du World Trade Center), on perçoit le bruit des flammes attisées par le vent qui souffle fort ce matin, d’autant plus attisées qu’en hauteur le vent est plus violent.

D’immenses nuages d’une fumée d’un noir de plus en plus charbonneux s’échappent des foyers qu’on distingue sur les côtés. C’est saisissant ce noir sur les tours gris clair scintillantes au soleil et le ciel bleu vif. A cause du vent qui souffle d’ouest en est, la fumée est balayée sur les trois côtés des tours, et ne peux se développer que sur le quatrième côté. A partir de là, elle se propage de manière voluptueuse comme un voilage. Impossible de voir quoique ce soit en direction du sud, mais grâce au vent qui ne tourne pas, elle ne vient pas dans notre direction. On distingue très clairement les flammes orange sur le côté droit (par rapport à notre position, c’est à dire le côté nord) des tours. Elles sont gigantesques. Jusqu’à trois étages de haut. Elles lèchent allègrement le béton et dansent sous les coups du vent.

Je ne sais plus exactement ce que nous avons dit Leslie et moi à ce moment là tellement nous étions abasourdies toutes les deux par l’ampleur du désastre, et malgré tout, fascinées par sa beauté. Leslie ne cesse de demander pourquoi les gens font ça. Je ne peux évidemment lui répondre. Un tel choc, c’est à désespérer de l’humanité.
Tout ce que je sais, c’est que nous avons dû échanger quelques remarques horrifiées car notre voisin de gauche s’est retourné immédiatement vers nous. Au bout d’un moment, comme je finis par regarder dans sa direction sans pour autant vraiment le voir, il nous adresse la parole en souriant, comme s’il s’apprêtait à nous draguer. Incongru.

-Vous êtes touristes ?
-Oui, répondis-je difficilement
-Moi j’habite ici, répond Leslie sans détacher son regard des tours.
-Vous savez ce qu’il s’est passé, nous demande-t-il. Question de pure forme car nos exclamations et interrogations précédentes étaient suffisamment claires.
-Non…
-Ce sont deux avions qui sont entrés dans les tours.
Si c’est une blague, c’est franchement de très mauvais goût. Il est con ou quoi ?
Leslie tout aussi surprise que moi a détaché son regard des tours afin de fixer cet hurluberlu. A sa tête, je devine qu’elle aussi est incrédule que moi. Je m’apprête à lui dire ma façon de penser quand il réitère son affirmation.

-Je travaille dans les tours, nous explique-t-il. Deux avions, un dans chaque tour, répète-t-il, nos têtes devant être suffisamment expressives.

No comments: