Look for it

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I'm back a bit.
Welcome back.

Lookout for the #snapchot ... might be fun.


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Saturday, 28 February 2009

28 Février 2009

Tant que le cashmire se ballade sur les champs, toute l'Italie sera admirée

Friday, 27 February 2009

27 Février 2009

"Enfant du soleil,
tu parcours la terre, le ciel,
cherche ton chemin,
c'est ta vie, c'est ton destin,
et le jour, la nuit,
avec tes deux meilleurs amis,
à bord du grand Condor,
tu recherches ..."

Thursday, 26 February 2009

26 Février 2009

Quand les mirabelles prennent l'air du temps sous Victoria pour arpenter la plage sous les pavés.
Tant que le corsaire prend l'air des Tuileries plutôt que le sel de la mer, Gavroche sera content.

Wednesday, 25 February 2009

25 Février 2009

Une montagne de gnocchi saupoudrés de pistaches sur les sommets, et aux rivières de gorgonzola. Miam!

Tuesday, 24 February 2009

24 Février 2009

Missing the old lady with her flirty steely blue dress.

Monday, 23 February 2009

23 Février 2009

Marina... Miranda... même combat!

How fun is fiction?

Sunday, 22 February 2009

My 9.11 wake-up call (part 0.9)

Jamais lu par qqn d'autre que l'auteur.
Alors pourquoi aujourd'hui? Pourquoi enfin? Pourquoi ici?
Parce que c'est chez moi finalement.
Il fallait le mettre "out there", pour enfin ne plus avoir peur.
Pour regarder devant, en face et arrêter de s'accrocher. Lâcher prise on dit non?

Pourquoi je parlai de catastrophes naturelles à ce moment là? Ca, je ne le saurai jamais.

Difficile à relire, il y a donc des fautes, mais on va les oublier... comme le reste.

My 9.11 wake-up call (part 1.9)

Une Parenthèse à NY




-A. ?
Mmm ????...
-A. ?
J’ouvre les yeux puis me lève d’un bond, rejetant le couvre lit d’un geste brusque. Je fais glisser la porte coulissante avec un peu de difficulté car, bien qu’ayant les yeux grands ouverts et étant au garde à vous, on ne peut me qualifier de « réveillée ».
-Je suis désolée, je ne me suis pas réveillée à l’heure. J’ai eu un peu de mal, s’excuse une Luiza l’air encore plus ensommeillé que moi, debout dans l’escalier faisant face à mon coin chambre.
Merde.
-Ce n’est pas grave. Quelle heure est-il ?
-7 heures un quart.

C’est mon dernier jour à NY. Mardi matin, 11 septembre 2001. Je reprends l’avion pour Paris ce soir à 22 heures, heure locale.
J’avais demandé à Luiza de me réveiller tôt car mon programme est chargé. Après avoir passé une semaine près de NY, j’avais rallongé mon séjour de quelques jours chez des amis français habitant NY depuis peu.
Bref, aujourd’hui, c’est mon dernier jour. Avec une copine de fac de Paris habitant momentanément à NY, on a décidé de faire une petite virée avant de prendre chacune nos avions respectifs pour Paris, elle pour des vacances, moi pour la fin de mes vacances ! Nous avons projeté de faire du shopping au Century 21 qui, miraculeusement, ouvre très tôt le matin, puis de prendre un méga breakfast dans un bar de l’Upper East Side, avant d’aller voir la Frick Collection. Tout ça avant 14 heures afin qu’elle puisse attraper son avion… Si vous regardez un plan de NY ou que vous y êtes déjà allé, vous comprendrez la nécessité de se lever tôt…

Me voici donc déjà en retard sur mon programme. Je file rapidement vers la salle de bain afin de procéder aux ablutions matinales indispensables dans un climat aussi moite.
Ensuite, direction la cuisine, joliment éclairée par le reflet du soleil sur les buildings d’en face. Attrapant un bout de pain et un verre de jus de fruits en passant, je savoure un (trop court) moment la tranquillité qui émane de cette cour.

Ce que j’appelle cour est en fait un espace intérieur de dimensions fort respectables pour Manhattan. Elle a la taille de ce qu’on appelle un « block », c’est-à-dire un pâté de maison. Les immeubles qui forment le rempart extérieur ne sont pas des tours, mais des maisons de quelques étages (appelées « Brown House » à cause de la couleur des briques avec lesquelles elles sont construites) et qui chacune possède un petit bout de jardin sur l’arrière, ce qui donne une impression très agréable d’espace.
(Je me permets de vous ennuyer un peu par cette description parce que cette cour a eu un effet magique sur moi, apaisant. Ayant une affection particulière pour le film « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock, je ne peux m’empêcher de ressentir toute ressemblance architecturale, fortuite ou intentionnée, qui crée la même atmosphère que dans ce superbe film.)
Aucun bruit de circulation ne parvient jusque-là. Les propriétaires ou locataires, conscients de la chance qu’ils ont, ont aménagé ces petits bouts de terrains du mieux qu’ils pouvaient, en essayant d’y mettre le maximum de verdure afin de compenser le béton et les briques environnants. Comme du fait de lubies architecturales et décoratives, toutes les parcelles sont de taille et de forme différentes, intégrant parfois des hangars ou des terrasses surélevées, tout cela forme un joli et joyeux fouillis.
Assise sur le rebord de la porte-fenêtre de la cuisine, j’admire le ciel d’un bleu étonnamment pur pour cette ville ainsi que le levé du soleil sur les maisons voisines. Les voisins se manifestent petit à petit et je les observe à travers les grilles du micro balcon (juste assez grand pour contenir le micro barbecue portatif seule la tâche de couleur qu’il forme au milieu de la verdure et des briques diffère des autres tâches de couleur de forme identique que l’on peut distinguer ça et là). C’est sympa parce que le couple du rez-de-chaussée prend chaque matin son petit déjeuner à l’extérieur, sur leur jolie table blanche en fer forgé, tout en lisant les journaux du jour. Un vrai petit déjeuner, digne d’un grand hôtel, avec plateau, nappe blanche, argenterie et jus d’orange (frais ?), agréable variation par rapport à mon bout de pain, mais je me rattraperais tout à l’heure.
Bercée par les bruits d’arrosage, je perçois vaguement le murmure de la radio du voisin du dessus ainsi que la bonne humeur bruyante des ouvriers commençant leur journée un peu plus loin sur la droite. Le temps s’est suspendu, comme à chaque fois que je contemple cet espace. On est à mille lieues de réaliser qu’on se trouve au cœur même de NY, sûrement la ville la plus survoltée qui existe !
Difficile de m’arracher à la contemplation de ce ciel d’un bleu parfait, du soleil levant et de la nature à mes pieds, très difficile…Mais bon, le temps ne se suspend pas malgré ce qu’on pourrait croire...

Je m’habille rapidement d’un corsaire, de grosses chaussures (indispensables vu le programme et la ville), d’un T-shirt et d’un gilet, sans oublier l’indispensable étole afin de combattre vaillamment la climatisation outrageusement omniprésente et typiquement américaine.

Après avoir prévenu Leslie, comme convenu, par un coup de fil, me voici enfin partie.

My 9.11 wake-up call (part 2.9)

Attendre le bus au soleil, emmitouflée dans mon étole parce que l’air est vraiment vif, est assez réjouissant : j’observe la population de l’Upper West Side débutant une journée comme les autres. Le bus est majoritairement rempli d’enfants de tous âges qui chahutent joyeusement en se reconnaissant, accompagnés soit par leurs mères avant que celles-ci ne se rendent à leur travail, soit par des nounous plus vrai que nature ! Impossible d’oublier que nous sommes à Manhattan ! !

Bien évidemment, la traversée de Central Park, le matin à 8 heures, est plutôt sportive et laborieuse car la circulation est intense. Cependant, je n’en arrive pas moins la première au croisement de Fifth Avenue et de la 79 Street.
Si la circulation est plutôt chargée, il y a très peu de piétons dans le quartier, à l’exception de quelques (courageux) joggeurs matinaux qui sortent du Park et d’employés de maison qui prennent leur service. Cela me permet de voir Leslie arriver de loin, en courant pendant que je fais quelques pas.


-Hello ! Désolée pour le retard, me dit-elle, essoufflée.
-Non, c’est moi ! Mais mon amie m’a réveillée plus tard que prévu parce qu’elle ne s’est elle-même pas réveillée.
-En fait, je suis levée depuis 5 heures du matin, réplique Leslie.
-Quoi ?
-Je me suis trompée en réglant mon réveil, m’explique-t-elle en rigolant. Je voulais me lever à 6 heures pour ranger quelques bricoles avant de partir et quand le réveil a sonné, je me suis dit que quitte à être réveillée, autant me lever tout de suite comme ça j’aurais le temps de tout faire.
-Heu, oui, c’est une façon de voir les choses.
-Et finalement, j’étais tellement prise par mes valises que quand tu m’as appelée, je n’avais pas vu l’heure et bien entendu, je n’étais pas prête.

Tout en discutant, nous nous dirigions vers l’arrêt de bus de l’autre côté de la rue, le long de Central Park et, bien qu’ayant piqué un sprint, nous l’avons évidemment raté ! Enfin, nous montons dans le suivant qui s’apprête à partir et qui de ce fait est encore vide.

-On gèle dans ces bus ! , m’exclamais-je.
-Viens au fond, c’est l’endroit le plus chaud à cause du système de climatisation.
Et c’est vrai, les places du fond sont très agréables pour nous européens car elles sont à peu près tempérées entre les courants d’air glacés produits et les courants brûlants émis par la pauvre machine qui surchauffe.
Bien installées, nous entamons une conversation plus ou moins décousue tout en observant 5th Ave puis Broadway qui défilent, peu dérangées par les autochtones, bien sûr au courant de cette particularité climatique…
Nous finîmes par parler de nos études et de ce que nous comptions faire l’année suivante. Sujet somme toute banal quand on se trouve en année de maîtrise à la fac.
Un peu avant 9 heures (le bus se traînant au milieu de la circulation intense, on surveille l’heure toutes les deux), j’expose justement à Leslie le sujet d’études et éventuellement de travail qui me tient plus particulièrement à cœur. Il se trouve que quelques mois auparavant, j’ai effectué des recherches pour un mémoire qui a pour titre « Assurance et catastrophes naturelles ». Courte explication :

- Tu vois, exposais-je, ce qui m’intéresse, c’est de travailler au développement de nouveaux produits financiers qui permettent aux assureurs de se couvrir de manière moins coûteuse et moins risquée contre les catastrophes naturelles ou humaines ou même les actes de terrorisme. Par définition, ces actes se produisent de manière irrégulière, ce sont des événements extraordinaires, et les assureurs ne peuvent les prévoir précisément, et ça leur coûte treeèees chers. Tu te souviens de l’ouragan Andrew qui a tout démoli aux USA en 1992, ou même des tempêtes en France fin 1999 ? Elles ont coûtées des millions et on ne peut pas vraiment dire que les compagnies d’assurance pouvaient prévoir ce genre de choses en Europe. En Floride, à la rigueur, on peut s’y attendre, mais en Europe !!... (Quand j’aborde ce sujet, je deviens excessivement prolixe, mais tout ceci a eu, malheureusement, un autre sens après-coup, rassurez-vous cher lecteur !).
- Oui, je vois très bien ce dont tu veux parler. D’ailleurs, j’ai un copain à NY qui travaille justement sur ce thème-là. Si tu veux, je peux lui parler et vous mettre en contact, ça pourrait être intéressant pour toi de voir comment ça se passe côté boulot.
- Oh oui, ce serait génial !!! Si ça ne te dérange pas…
- Pas du tout, je lui en parlerais. Mais qu’est-ce qui se passe ??

Pendant que nous devisions, toutes à notre discussion, nous n’avions pas vraiment prêté attention à ce qui se passait autour de nous. Notre bus est à l’arrêt depuis quelques instants et les gens sont pour la plupart descendus. Bon, comme nous sommes dans Broadway, Leslie et moi supposons qu’il y a un embouteillage quelconque, vu que dans la rue, tous les véhicules s’arrêtent ou sont à l’arrêt. Les passagers restants s’approchent du chauffeur afin d’obtenir des explications. Leslie décide elle aussi d’aller voir le chauffeur. Elle revient bredouille, celui-ci n’ayant donné aucune explication. Ce qui nous intrigue, c’est que tout le monde, chauffeur compris, se tord le coup afin de voir ce qui se passe en hauteur. De mon côté je ne vois absolument rien, et le côté droit du bus est face aux buildings de la rue, donc rien à en tirer. C’est tout de même surprenant, mais on se dit qu’il doit y avoir un incendie sur le toit d’un des buildings, évènement pour le moins plausible, et qu’ils ont préférer couper la circulation afin de ne prendre aucun risque.
Après avoir attendu quelques minutes pour voir si le bus ne repartait pas par hasard, nous décidons d’un commun accord de poursuivre à pieds, puisque apparemment, l’accès n’est pas refusé aux piétons.
Il est 9 heures 10. Le bus s’est arrêté au niveau de Greenwich Village, vers la 3rd Street, ce qui nous laisse une certaine distance à parcourir avant d’arriver à destination, c’est à dire en face du World Trade Center. Il y a pas mal de monde sur Broadway car tous les bus se sont vidés de leurs passagers, mais aucune voiture, c’est assez tranquille et calme sans les klaxons et bruits de moteur !

My 9.11 wake-up call (part 3.9)

Comme il fait beau, nous partons d’un bon pas, d’autant que dans ce sens, Broadway est en pente douce…J’essaye de suivre Leslie qui file devant moi, tout en me demandant ce qui se passe car il y a toujours autant de monde qui regarde en l’air. Or, à cette heure-ci, les New-Yorkais sont généralement plutôt pressés, c’est le début de la journée de travail. Ce qui ne laisse pas de nous intriguer, c’est que toute la population se trouve sur le côté gauche de la route. Nous sommes quasiment les seules à être à droite, à l’ombre.

-Tiens voici l’épicerie dont je te parlais hier soir, me dit Leslie en m’indiquant sur notre gauche (encore et toujours !) Dean & Delucca, l’une des épiceries fines les plus célèbres de NY.
-Oui, j’en ai entendu parler. Ca a l’air sympa, ça ressemble au Bon Marché à Paris.
-Exactement ! Je vais de temps en temps y faire un tour quand Paris me manque. Ils ont pleins de produits magnifiques.

Nous décidons alors de traverser afin de nous rapprocher des vitrines, mais le trottoir est noir de monde. Les gens qui travaillent dans les magasins alentour sont tous sortis afin de voir ce qui se passe. C’est là qu’en nous joignant à la foule nous comprenons enfin ce qui les attire. Entre deux buildings, on aperçoit une partie de la Tour Nord des Twins qui est en feu Apparemment, le feu a pris à l’angle du building.

-Mince, il y a eu une explosion dans la tour. Ca doit être un problème technique.
-Ca m’étonnerait me répond Leslie.
-Quand même, je ne vois pas ce que ça peut être d’autre ! Ça peut tout de même pas être une bombe, rétorquais-je. Ce n’est pas possible.
On est aux Etats-Unis tout de même, maniaques de la sécurité !
-Hmm
-Mais non, je suis sur qu’il y a eu un court-circuit. Tu sais, il suffit d’une petite étincelle, avec l’infrastructure de ces deux tours, ça se propage vite ensuite.
-Oui me répond une Leslie pour le moins sceptique.

La vue de cette tour qui fume légèrement, émergeant entre deux buildings, me fait prendre mon appareil photo et demander à Leslie de m’attendre deux minutes. Pendant que je règle mon appareil, mal à l’aise parce que j’ai conscience que les gens alentour me regardent un peu bizarrement, il y en a un qui me dit quelque chose du genre « c’est ça, prend des photos, tu m’en enverras une ! » vaguement rigolard. Bon d’accord, un immeuble en feu, c’est un peu bizarre, mais j’aime la photographie et cette vue n’est pas commune (Je ne crois pas si bien dire !). Néanmoins, je ne m’attarde pas et je rejoins Leslie qui a l’air pressée et, maintenant que j’y repense, tendue. Il est vrai que l’atmosphère n’est pas habituelle. Ce n’est qu’au bout d’un moment qu’on réalise que le silence ambiant n’est absolument pas normal. Il est aux alentours de 9h15.

C’est vrai qu’il n’y a plus de klaxons, mais subitement on réalise qu’il n’y a plus non plus un seul véhicule sur la chaussée, pas de cris, très peu de gens qui parlent. C’est vraiment calme, mais un calme inquiétant, comme si l’air s’était suspendu, en attente de quelque chose. Je ne dis pas ça parce que maintenant je sais ce qu’il s’est passé, même sur le moment je n’arrête pas de répéter « Mais qu’est-ce qui se passe ? » comme une litanie (et comme une débile !). Leslie aussi s’interroge.

Nous continuions à descendre rapidement, longeant Soho, jusqu’à ce que je réalise brusquement en me retournant, que nous sommes absolument les seules à descendre. Les seules !!! Pas une personne ne nous suit ou nous précède. Nous rencontrons de plus en plus de monde qui vient à notre rencontre, tous plus ou moins concentrés, pressés. C’est cette véritable marée humaine de plus en plus difficile à fendre qui vient à notre rencontre, qui me fait me demander si on ne ferait pas bien de remonter nous aussi. Pourquoi continuer à descendre, puisque apparemment il se passe quelque chose d’anormal ? Mais comme on ne sait pas ce qui se passe, pourquoi ne pas continuer à descendre ???. Ma question se perd dans le vent ; Leslie ne dit rien, peut-être n’a-t-elle pas entendu.

Un peu plus bas, à un croisement se trouve un marchand ambulant comme il y en a tant à NY. Ne dérogeant pas à la règle, celui-ci vend bagels, beignets et autres douceurs. Pourquoi ai-je plus particulièrement remarqué celui-là ? Alors que tout le monde se dépêche de remonter, voilà un homme d’affaires en costume gris, les cheveux courts, blond comme les blés et plutôt un peu enveloppé, qui s’arrête brusquement afin de s’acheter un bagel ou une bretzel ! Ce qui est surprenant ce n’est pas tant le fait qu’il s’achète quelque chose, mais eu égard à l’ambiance alentour, c’est vraiment incongru. On pouvait lire sur son visage qu’il fallait impérativement qu’il mange quelque chose afin de se remettre de ses émotions. Il avait l’air complètement stressé, son visage luisait de transpiration. Cela m’a fait rigoler sur le moment car je me suis dit que c’était bien américain comme comportement (jugement un peu limité, j’en conviens parfaitement) : la terre pouvait s’écrouler, avec un bagel, ça va tout de suite mieux...un peu comme la publicité « Un Mars et ça repart »...
Ayant réglé son achat, le voilà qui se remet en route rapidement comme j’arrive à sa hauteur, irradiant positivement de contentement en mordant dans son en-cas. Sa rencontre m’a mise de bonne humeur à nouveau, oubliant quelques instants mon inquiétude.

My 9.11 wake-up call (part 4.9)

Nous avons dépassé Canal Street où il y a toujours autant d’animation et de touristes et où tout semble normal. Nous poursuivons encore et toujours notre descente, ça paraît interminable. Leslie et moi parlons très peu, si ce n’est pour répéter inlassablement « Mais qu’est ce qui se passe ?? » tout en nous dépêchant ; pourquoi ? je ne sais pas.

Il y a une légère accalmie, moins de monde venant à notre rencontre. Cependant, les quelques personnes que nous croisons se dirigent toujours résolument vers le Nord, pas une vers le Sud.

C’est là que j’ai une véritable vision. Aujourd’hui encore, ça m’intrigue énormément.
Au beau milieu d’une des plaques de béton qui constituent le trottoir New-Yorkais, se trouve une paire de sandales en cuir…toute seule…parfaitement disposée, les deux pieds parallèlement dirigés vers le Nord, comme si, comme dans un film de science-fiction, leur propriétaire s’était volatilisé, attiré par une puissance supérieure, ne laissant que ses chaussures au beau milieu du chemin. C’est exactement ce qui m’est venu à l’esprit quand j’ai vu ces chaussures devant moi. J’ai stoppé net, les contemplant puis regardant alentour. J’étais parfaitement seule, Leslie ayant continué son chemin. Personne en vue à qui ces chaussures pouvaient bien appartenir. J’ai vraiment eu le sentiment que la personne s’était subitement élevée dans les airs… tout en sachant pertinemment que ce n’était pas possible, mais l’ambiance était telle depuis quelques minutes (le bus s’était arrêté seulement 20 minutes auparavant…) que c’est tout ce qu’il m’est venu à l’esprit.
J’ai hésité à les prendre en photo afin qu’on me croit lorsque je raconterais cette histoire (et qu’on ne crois pas que j’ai fumé !!) mais j’y ai renoncé, en me disant qu’on allait me prendre pour une parfaite imbécile à prendre en photo une paire de chaussures au milieu de la route…

J’ai donc repris mon chemin, en accélérant un peu l’allure afin de rattraper Leslie.

Nous longeons maintenant un bâtiment fédéral dont surgissent subitement deux agents du FBI qui se mettent à courir tout en enfilant des survêtements ayant « FBI » imprimé en grosses lettres jaunes dans le dos...comme dans les films. Mais pourquoi donc le FBI s’agite-t-il ? C’est irréel de les voir se faufiler ainsi à travers la foule, le plus vite possible.

Il y a de plus en plus de monde, la foule est maintenant compacte. Nous croisons de plus en plus de gens en pleurs, des familles en train de se lamenter.

Juste après avoir dépassé le bâtiment fédéral, au moment où nous voulons traverser la rue afin de gagner le square du City Hall, nous nous tournons vers la source d’un bruit insolite. Un gigantesque engin surgit subitement, tous gyrophares dehors, mais sans bruit autre que celui des freins, manque de verser en prenant le virage devant nous, et disparaît en direction du Sud et notamment des tours en feu. Nous avons cependant le temps de lire l’inscription qui se trouve sur les flans du camion/caravane (il ressemble aux camions des pompiers américains, sans la pompe à eau, tout aussi rutilant). Il s’agit de l’état-major d’urgence du maire de New York...

-Ca doit être bigrement important pour que le maire se déplace, fais-je remarquer, sans toutefois que ni l’une ni l’autre ne réalise sur le moment toutes les implications que la présence ce simple camion entraîne.

Evidemment, la théorie du court-circuit accidentel a disparu depuis longtemps de nos têtes, mais rien ne nous permet d’imaginer ce qui s’est réellement passé.

Nous traversons alors la rue afin de rejoindre le square. Les gens sont rassemblés là, comme pétrifiés. Je n’oublierais pas le visage de certaines des personnes que j’ai croisées ce matin-là. Leur image est gravée dans ma mémoire. Elles avaient toutes des visages pétrifiés, des yeux agrandis par l’horreur et l’incrédulité, dans lesquelles on pouvait voir son propre reflet. Les gens nous fixaient sans nous voire, perdus dans leur tourmente intérieure. Je n’arrive pas à trouver les mots pour décrire le sentiment d’irréalité qui nous environnait.

Nous fendons la foule agglutinée et traversons la chaussée afin de nous retrouver sur le terre-plein au sud du square. Précaution inutile puisque la circulation est coupée, mais cela n’empêche que personne ou presque ne se trouve sur la chaussée. C’est plus sûr dans l’hypothèse où une voiture officielle essayerait de se frayer un chemin, ce qui semble improbable vu la proximité du désastre.
Une fois bien à l’abri sur notre terre-plein (nous avons eu un peu de mal à y trouver un peu de place libre tant il est occupé par une foule immobile et silencieuse fixant un point en hauteur sur notre droite), nous levons enfin la tête. Il est 9h25 environ.

Le silence plus que tout est impressionnant. Il ne règne pas de bruit ou presque. Ce qu’on entend ressemble au bruissement des feuilles dans le vent. En fait, lorsqu’on lève la tête, on se rend compte, que ce bruissement provient du feu d’enfer qui abîme les deux tours. Même à cette distance (un immeuble nous sépare du World Trade Center), on perçoit le bruit des flammes attisées par le vent qui souffle fort ce matin, d’autant plus attisées qu’en hauteur le vent est plus violent.

D’immenses nuages d’une fumée d’un noir de plus en plus charbonneux s’échappent des foyers qu’on distingue sur les côtés. C’est saisissant ce noir sur les tours gris clair scintillantes au soleil et le ciel bleu vif. A cause du vent qui souffle d’ouest en est, la fumée est balayée sur les trois côtés des tours, et ne peux se développer que sur le quatrième côté. A partir de là, elle se propage de manière voluptueuse comme un voilage. Impossible de voir quoique ce soit en direction du sud, mais grâce au vent qui ne tourne pas, elle ne vient pas dans notre direction. On distingue très clairement les flammes orange sur le côté droit (par rapport à notre position, c’est à dire le côté nord) des tours. Elles sont gigantesques. Jusqu’à trois étages de haut. Elles lèchent allègrement le béton et dansent sous les coups du vent.

Je ne sais plus exactement ce que nous avons dit Leslie et moi à ce moment là tellement nous étions abasourdies toutes les deux par l’ampleur du désastre, et malgré tout, fascinées par sa beauté. Leslie ne cesse de demander pourquoi les gens font ça. Je ne peux évidemment lui répondre. Un tel choc, c’est à désespérer de l’humanité.
Tout ce que je sais, c’est que nous avons dû échanger quelques remarques horrifiées car notre voisin de gauche s’est retourné immédiatement vers nous. Au bout d’un moment, comme je finis par regarder dans sa direction sans pour autant vraiment le voir, il nous adresse la parole en souriant, comme s’il s’apprêtait à nous draguer. Incongru.

-Vous êtes touristes ?
-Oui, répondis-je difficilement
-Moi j’habite ici, répond Leslie sans détacher son regard des tours.
-Vous savez ce qu’il s’est passé, nous demande-t-il. Question de pure forme car nos exclamations et interrogations précédentes étaient suffisamment claires.
-Non…
-Ce sont deux avions qui sont entrés dans les tours.
Si c’est une blague, c’est franchement de très mauvais goût. Il est con ou quoi ?
Leslie tout aussi surprise que moi a détaché son regard des tours afin de fixer cet hurluberlu. A sa tête, je devine qu’elle aussi est incrédule que moi. Je m’apprête à lui dire ma façon de penser quand il réitère son affirmation.

-Je travaille dans les tours, nous explique-t-il. Deux avions, un dans chaque tour, répète-t-il, nos têtes devant être suffisamment expressives.

My 9.11 wake-up call (part 5.9)

Sans commentaires, faisant comme si nous l’avions cru, nous nous retournons alors vers la vision d’apocalypse. La fumée se répand de plus en plus au-dessus de nos têtes, mais elle reste cependant bien au-dessus de nous, ce qui n’est pas franchement le cas plus au sud. Sur le ciel noirci scintillent des éléments blancs. On dirait des confettis argentés ou alors des flocons de neige sur lesquels le soleil se reflète. C’est assez féerique. Je n’arrive pas à comprendre ce que c’est. Je suis des yeux la lente et gracieuse descente de quelques uns de ces objets dansants. Il me faut une à deux minutes tellement je suis perturbée pour comprendre que ce sont des petites parcelles des tours qui se sont détachées et qui volent qu vent.
Gênée, je saisis mon appareil photo car j’ai le sentiment confus qu’il faut que je capture ce moment que l’on sent historique. Je me sens tout de même l’âme d’un voyeur à ce moment-là car même si on n’en a pas parlé, nous sommes toutes deux conscientes que des gens sont en train de mourir.
Avec le zoom maximum, je prends quelques clichés. Ironie du sort, c’est la première fois que j’utilise un film noir et blanc, ce qui ajoute une impression de gravité à ces photos. J’en fais la remarque à Leslie.

-C’est la première fois que j’ai un film an noir et blanc, dis-je en secouant la tête face à l’ironie du sort.
-Tu me feras des doubles, me dit Leslie, concentrée, choquée, ne cessant de demander pourquoi, mais ne désapprouvant pas mon geste (du moins il me semble).

Mes voisins m’observent avec me semble-t-il un sentiment d’envie. En effet, la grande majorité des gens rassemblés ici sont des personnes qui travaillent soit dans les tours, soit dans les immeubles environnants qui ont également été évacués. Evidemment, très peu ont un appareil photo sur eux, alors qu’ils auraient également souhaité immortaliser cet instant. En me retournant, j’aperçois trois japonais derrière nous. Ce sont les seuls qui possèdent un appareil photo alentour, un jetable kodak.

-Les gens sont fous de rester là. Pourquoi restent-ils plantés comme ça ? Pourquoi la police les laisse-t-elle approcher autant, c’est beaucoup trop dangereux.
-Ca va s’écrouler, ce n’est pas possible autrement.

Juste comme nous émettions ces remarques, je regarde le coin sud/ouest de la place, c’est à dire le bout de notre terre-plein. Il y a une seule femme policier interdisant l’accès plus proche des tours si tant est qu’il y ait quelqu’un qui ait envie d’aller y faire un tour. Pile poil à ce moment-là, un sentiment d’horreur me submerge quand brusquement, un mouvement de foule paniquée se produisit. La foule au sud a brusquement commencé à se retourner et à fuir aveuglément en sens inverse, c’est à dire dans notre direction. Un vrai raz-de-marée humain, capable de tout renverser sur son passage. Figées sur place, incapables de faire le moindre mouvement, nous observons cette vague se rapprocher et s’arrêter, aussi soudainement qu’elle avait commencé, à 10-15 mètres de nous. Le plus extraordinaire est que tous ces gens qui ont été pris d’un mouvement de panique, une fois arrêté, pas un n’a bougé et ils ont tous repris leur observation statique !

- On ne peut pas rester ici, il faut partir, me dit Leslie.
- Oui
Oh oui, il vaut mieux partir avant de se faire écraser. Je déteste les mouvements de foule, c’est une chose qui me fait peur par cette puissance que j’ai justement pu évaluer quelques secondes plus tôt !! Ainsi, je ne me fais pas prier pour suivre Leslie. Un coup d’œil à ma montre. Il est 9h40.
Il est cependant dur de détourner son regard. Néanmoins, une fois arrachée à cette contemplation, je ne me retourne plus. Et là un tout autre monde défile devant mes yeux.


Une mer de visages se présente devant nous, nombreux étant ceux craintivement tournés vers les tours. De nombreuses personnes se sont regroupées dans un besoin de soutient, au moins physique à défaut de psychologique.
Les gens parlent très peu. Un groupe de jeunes devant nous discutent doucement. Beaucoup sont en pleurs ou sont tellement choqués qu’ils se sont retirés en eux-mêmes et sont plantés là, absents, regardant à travers moi comme si j’étais transparente.

Décidées, nous essayons de fendre la foule inerte. Etonnés, certaines têtes se tournent à notre passage, semblant dire « Mais qu’est-ce que vous faites ? Ca ne vous intéresse pas ? »

Ils sont fous de rester là, mais pourquoi restent-ils plantés là ! ! !

Nous progressons lentement, n’ayant pas assez d’yeux pour essayer de capter l’ampleur du désastre. Chaque nouvelle image de désolation nous perturbe un peu plus.
Sur notre gauche, une femme africaine en tenue traditionnelle est écrasée de douleur. Elle pleure et crie, sa famille, tout aussi accablée, ayant du mal à la calmer et à la retenir.

Après avoir fait quelques mètres, nous arrivons en face du Brooklyn Bridge. Une femme policier à notre droite, devant le pont, tente vainement de faire circuler la foule, de l’évacuer vers Brooklyn ou le métro tout en répondant à un passant que ça avait explosé à Brooklyn, qu’il y avait une ou plusieurs bombes... ! !

Les nouvelles glissent sur moi. J’ai beau les enregistrer et les comprendre, mon esprit se refuse à les accepter. Je ne vois que l’ironie de la chose, comme si j’étais un spectateur, bien au chaud dans son fauteuil : un policier qui tente de vous évacuer dans un quartier où les bombes explosent ? Intéressant et tristement comique...

Ok, me dis-je, ça vient de se planter là-haut derrière moi, donc ce n’est pas sûr ; à Brooklyn, tout saute, donc ce n’est pas sûr non plus. Mais qu’est-ce qu’il se passe bordel !

Quittant la femme policier, mon regard se déplace vers l’entrée du pont de Brooklyn. Nouvelle surprise. Des deux côtés de la passerelle pour piétons, la chaussée est vide. Le pont est absolument vierge de toute voiture. Par contre, la passerelle pour piétons est quant à elle, surchargée. La foule y est tellement compacte qu’on ne distingue plus que des têtes et des épaules illuminées par le soleil cru.
L’image est tellement inhabituelle et frappante lorsqu’on connaît un peu NY, que je m’arrête et stoppe Leslie d’un mot, afin d’immortaliser cela. A ma surprise, Leslie ne dit rien et est à peine impatiente.

- On ne reverra jamais ça ! m’exclamais-je sur la pointe des pieds afin de dépasser le flot passant devant moi. Finalement, j’obtiendrais en premier plan la foule devant moi et en arrière plan, le pont à la chaussée déserte, blanc de soleil.

Nous détournant, nous nous dirigeons vers la bouche de métro à notre gauche.

- Viens, on va prendre le métro, me dit Leslie
- Si tu veux, m’entendis-je lui répondre avant même de réaliser ce que je répondais. Inexplicablement, je répugne à descendre m’enterrer dans le sous-sol, à quitter la lumière du soleil. Hésitante sur la première marche en regardant vers le bas, je jette un coup d’oeil à droite et à gauche, sans pour autant trouver d’excuse valable... Sentant le regard étonné de Leslie posé sur moi, je me décide à descendre.


Arrivée en bas des marches, je n’ai pas fait un pas dans la station. Complètement sidérée, je stoppe net. Il nous apparaît à toutes les deux comme illusoire de tenter quoi que ce soit avec le métro. L’air est surchauffé, oppressant. L’ambiance est totalement différente là-dessous. C’est la folie. Ca ressemble à une fourmilière en ébullition. Les gens courent en tout sens, se bousculent. Beaucoup remontent précipitamment. Des bribes d’information volent dans l’air, comme quoi telle ou telle ligne serait bloquée, telle station est fermée...c’est le chaos. Ce qui frappe surtout, c’est l’agitation par rapport à l’inertie qui caractérise la scène au-dessus de nos têtes.

A mon grand soulagement, j’entends Leslie proposer derrière moi :

- On remonte ?
- Oui, soupirais-je soulagée, n’osant pas le proposer moi-même. Nous nous précipitons vers la sortie.

Retour à la case départ. Soulagées de nous retrouver à l’air libre, nous ne savons pas plus qu’avant ce que nous pouvons faire pour sortir de tout ça...malheureusement, rien.

My 9.11 wake-up call (part 6.9)

N’ayant pas d’autres choix, nous nous remettons en marche vers le nord. Nous n’allons pas attendre ici que ça nous tombe dessus comme tout le monde, n’est-ce pas ? On ne pensait tout de même pas si bien dire...


- On se croirait dans un film.
- Oui, les grandes scènes de guerre ou de terreur.
- Je suis sûre que d’ici un an ou deux, il y aura des producteurs qui essaieront de mettre ça en film.
Mais ils n’y arriveront jamais. Ils ne pourront pas reproduire ce sentiment d’horreur, c’est impossible.

- Tu as sûrement raison
- C’est horrible, un vrai cauchemar collectif.

Malheureusement, on ne va pas se réveiller.

Il me semble que j’ai encore marmonné quelque chose concernant les films tout en quittant City Hall Square.


Nous continuons impitoyablement la remontée, tout aussi interminable que la descente, mais l’état d’esprit n’est plus le même. Si je suis fatiguée par le rythme tout aussi rapide que nous soutenons malgré la légère côte, je ne le sens pas. La foule est de plus en plus présente. Les personnes qui ont retrouvé un peu leurs esprits font comme nous afin de rentrer chez eux le plus vite possible, voir leurs proches et les rassurer.

Au cours de ce que l’on peut appeler notre « fuite » (du moins, c’est comme ça que je l’ai ressenti), on se serait cru dans un film de guerre, comme ceux qui montrent l’arrivée des Allemands dans Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Devant nous, sur le trottoir, une voiture s’est arrêtée, brutalement vu la façon dont elle est garée en travers du trottoir. Toutes ses portières sont ouvertes, le volume de sa radio a été poussé au maximum, et une bonne trentaine de personnes sont agglutinées autour afin de percevoir les dernières informations.
Leslie se dirige tout naturellement vers la voiture afin qu’on comprenne quelque chose. Moi à sa suite, elle s’approche aussi près que le rassemblement le permet. Nous percevons des bribes de phrases, avec toujours le mot « Plane » qui revient, mais le son est très mauvais. Ainsi, ne pouvant accepter cette info complètement démente, je me dis que je ne comprends pas bien l’anglais, que je suis trop bouleversée pour comprendre quelque chose. Je ne sais pas ce que Leslie en pense, mais elle ne semble pas non plus adhérer à cette version.


Tout en remontant, nous ne jetons pas vraiment de coup d’œil vers le sud pour voir ce qu’il en est. C’est là qu’à un moment, je ne sais aujourd’hui toujours pas pourquoi, je me retourne légèrement, juste à temps pour voir une voiture remonter à toute allure la chaussée vide.
C’est une voiture de « secours » : pompiers, police ou secours médical. Mais il nous a été impossible de l’identifier pour la simple et bonne raison qu’elle était totalement recouverte d’une épaisse couche d’une fine poussière blanche. Quand je dis totalement, c’est totalement, les vitres en étaient opaques. Mais ce qui m’a le plus interpellé, ce n’est pas la voiture, mais le passager arrière droit. La fenêtre était baissée et un avant bras tout grisâtre de poussière était posé sur le rebord. « Pendait » serait sûrement un verbe plus approprié. Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à savoir si ce bras appartenait à un être vivant ou à un mort. Le conducteur conduisait de manière tellement folle que j’ai cru qu’il se rendait à l’hôpital le plus proche afin de voir si on pouvait encore faire quelque chose. Bref, cette désagréable impression me reste. C’est quand même fou de ne pas arriver à distinguer un être vivant d’un cadavre.
Et cet épisode a eu lieu sans même que je sache d’où le véhicule pouvait bien venir et surtout pourquoi il était couvert de poussière...Cette dernière constatation m’a fait regarder derrière moi, tout comme Leslie, et je me souvient de la perspective qu’on avait : une rangée de buildings de chaque coté de la chaussée rétrécissait l’horizon et au bout, le blanc. « Pourquoi ? », « Comment ? » ne se sont pas posés sur le moment, aussi bizarre que cela puisse paraître. Nous sommes juste reparties de plus belle dans l’autre sens, sans se poser de question.


Un peu plus loin, il y a un peu plus d’animation et de magasins car nous approchons de Canal Street. La population a l’air moins choquée ici car elle est moins proche du drame, et comme nous, il lui faut plus de temps pour digérer la vérité.
Cependant, en passant près d’un camion de livraison bleu et blanc, lui aussi arrêté au milieu du chemin, portes ouvertes et radio en fond sonore, une petite bonne femme rousse aux cheveux coupés courts, m’agrippe l’avant-bras.

- Le Pentagone est touché, me dit-elle avec des yeux tellement agrandis par l’horreur que j’y vois mon reflet.
Incrédule, croyant que mes oreilles m’ont joué un tour, je répète stupidement :
- Le Pentagone ?
- Oui, un avion s’est écrasé dans le Pentagone

Ben tiens, me dis-je en me dégageant avec difficulté de son étreinte, et moi je suis Napoléon XIV. Non mais les gens délirent. On est aux Etats-Unis. Allô !, Les Etats-Unis = surprotection, rapides de la gâchette. Ils laisseraient les avions se balader comme ça maintenant ? Mais oui bien sûr. Elle a craqué. Elle est hystérique.

Tout ceci me passe par la tête en moins de deux secondes. Je répète les propos de la brave dame à Leslie qui n’y croit pas non plus.


Je commence à remarquer les cabines téléphoniques que nous rencontrons en chemin pour la simple et bonne raison que chacune est le point de départ d’une file d’attente. Plus ça va, plus les files s’allongent, jusqu’à une vingtaine de personnes. C’est assez impressionnant d’autant que les personnes attendant de pouvoir joindre leurs proches ou amis, sont d’un calme olympien.
Sur le moment, je note juste que les téléphones portables ne fonctionnent pas. Je me suis dit que les réseaux avaient sauté suite à l’encombrement. En fait, la raison était tout simplement que les antennes de retransmission des réseaux se trouvaient sur l’une des tours du World Trade Center, or à ce moment-là, elles s’étaient toutes les deux effondrées.



Juste au croisement avec Canal Street, je me souviens d’un couple d’asiatiques en train de mettre en place leur étalage de fruits et légumes, comme tous les jours. Ils n’avaient pas l’air de se rendre compte du changement qui était dans l’air, du fait qu’il y aurait peu de clients ce matin-là, bien que la femme ait jeté plusieurs coups d’œil anxieux vers le sud.

En traversant Canal Street au pas de course, je me rend compte que l’activité y ait presque normale. De nombreux touristes déambulent devant les nombreux magasins. On se croirait presque revenu à la normal, enfin !
C’est de courte durée.

My 9.11 wake-up call (part 7.9)

Au détour d’un croisement, on aperçoit un bus sur le point de démarrer. Non seulement, c’est le premier bus dans le sens de la remontée que l’on croise, mais en plus il s’agit de notre ligne !! De toute façon, on aurait pris n’importe quel bus en direction de nos appartements respectifs !
Voyant le bus ralentir au niveau d’un arrêt de bus, nous courons le plus vite possible pour l’attraper, sans pour autant savoir s’il va prendre des passagers ou remonter à vide. N’étant pas les seules à avoir remarqué les mouvements du bus, une soudaine ruée a lieu en direction de l’appareil, mais nous arrivons à nous faufiler, je ne sais trop comment pour être honnête, et nous sommes parmi les premières à monter.


Nous nous dirigeons rapidement vers les fauteuils amovibles au centre du bus et nous asseyons avec un certain soulagement quant à moi. Installées, nous observons la foule qui remplit peu à peu l’étroit espace jusqu’à l’étouffement. Bien évidemment nous retrouvons parmi ces visages les mêmes traces de choc, d’angoisse et d’incrédulité que nous avions déjà pu observer à l’extérieur.
Une fois parti, les langues se délient et tout le monde parle avec tout le monde des évènements qui viennent d’arriver.
Leslie et moi essayons de capter au maximum afin de comprendre enfin. Les mots « avions » reviennent souvent jusqu’à ce que Leslie ose poser la question. Que s’est-il passé ? Si mes souvenirs sont bons, plusieurs personnes voulurent nous expliquer en même temps. Une chose est sûre, c’est qu’ils étaient tous d’accord sur le fait que deux avions s’étaient écrasés volontairement dans les tours. Comme toutes ces personnes avaient l’air saines de corps et d’esprit, nous ne pûmes que nous incliner. Pour ma part, je n’arrivais toujours pas à le croire. Ca dépasse l’entendement.
Le bus ayant repris sa route habituelle, il marque tous les arrêts de la ligne pendant que nous parlons. Ainsi, de plus en plus de gens montent et ça commence à devenir vraiment étouffant. Leslie n’arrête pas de me dire que nous devrions rabattre la banquette sur laquelle nous sommes assises afin de libérer un peu d’espace (c’est prévu à cet effet lorsqu’il y a des fauteuils roulant qui empruntent cet appareil). Seulement, je lui rétorque que vu la tête du troisième occupant de la banquette, il ne risque pas de vouloir se lever. Au bout d’un certain temps, Leslie qui trépigne presque de ne pouvoir faire quelque chose avec cette satanée banquette finit par céder sa place à une femme âgée très distinguée qui se trouve debout devant nous avec des paquets plein les pieds. De même, je me lève afin de laisser ma place à sa compagne. Peu habituées à de telles marques de politesse, les deux femmes nous remercient et nous demandent immédiatement d’où nous venons, comme si nous ne pouvions être américaines ! Mais je crois surtout qu’elles avaient dû nous entendre échanger des commentaires en français. Ainsi la conversation s’engage.
Peu à peu, la conversation s’étend à un petit groupe de personnes autour de nous.
Un jeune garçon d’origine portoricaine provoque un moment d’hilarité. En effet, il est « rescapé » des tours. Il se trouvait qu 66ème étage de la seconde (je crois) tour. Il a réussi à s’en sortir parce qu’il nous a raconté qu’il n’avait pas vraiment hésité et qu’il avait fonçé dans les escaliers en ayant entendu ce qui se passait dans la première. Il nous a dit que s’était interminable et horrible. Sur son visage on pouvait lire sa joie de s’en être sorti, occultant tout le reste, pour le moment.
Depuis quelques minutes, il essaye de joindre sa mère avec son portable, afin de la rassurer mais également pour qu’elle joigne sa petite amie pour lui dire qu’il allait bien, mais il n’y arrive bien entendu pas. Une jeune femme noire très dynamique à côté de lui lui demande alors pourquoi il ne cherche pas à joindre directement sa petite amie. Peut-être que son numéro à elle fonctionnerait ? Et lui, de répondre un peu piteusement qu’il ne le connaît pas par cœur. Normalement il est dans répertoire de son portable, mais il n’arrive pas à l’atteindre en l’occurrence. Pas de chance pour lui, il était majoritairement entouré de femmes qui se sont toutes récriées quand il a osé avouer qu’il ne connaissait pas le numéro de sa dulcinée par cœur ! Et on a toutes continué à le charrier quand il a avancé comme excuse que ça ne faisait pas longtemps qu’ils sortaient ensemble.
Pendant un (trop) court instant, nous avions oublié pourquoi il souhaitait si ardemment téléphoner. La femme si distinguée lui a gentiment proposé son propre portable, qu’elle avait auparavant proposé à Leslie et à moi-même afin que nous appelions nos familles en Europe !
Malheureusement, comme tout le monde s’en rendit compte à cet instant précis, aucun téléphone portable ne fonctionnait à ce moment-là, pour les raisons que j’ai déjà expliquées au lecteur.
Juste sur ma gauche, à un siége de distance, le bruit d’un gros sanglot me prend par surprise. Je me retourne brusquement. Une femme noire, complètement prostrée est en train de craquer. La jeune noire dynamique nous explique (car un silence s’est abattu sur le bus suite à ce rappel à l’ordre) qu’elle était dans les tours et son fils aussi je crois, mais je n’ai pas bien compris son explication. Quelqu’un s’est chargé d’essayer d’apaiser son chagrin, mais c’était peine perdue vu que tout le monde dans le bus est choqué ou rescapé. Cependant, la solidarité est grande entre tous ces inconnus. On se sent tous unis, moi comprise, par ce que nous venons de vivre.

La jeune noire, bien que son téléphone portable ne puisse atteindre un réseau, a réussi à contacter une sorte de répondeur automatique qui donne des informations en temps réel. Ainsi, elle les communique à voix haute à tout le bus qui écoute religieusement chacune de ses annonces.

- Un avion est porté disparu.
- La tour Sud s’est effondrée

Un cri d’horreur s’élève à cette annonce. Quelqu’un dit autour de moi « Mon Dieu, ces pauvres gens ».

- Un avion s’est écrasé sur le Pentagone.
- Il manque des avions.
- Les deux tours sont effondrées

Deuxième murmure d’horreur incrédule.

My 9.11 wake-up call (part 8.9)

Pendant ce temps, le bus n’avance pas très vite car non seulement de nombreux véhicules remontent vers le nord et essayent de quitter Manhattan tant qu’ils le peuvent, mais en outre, à chaque arrêt, le bus est tellement bondé, que pour monter ou descendre, cela devient relativement compliqué et lent. Ainsi la bousculade est inévitable, mais personne ne s’en plaint jusqu’à ce qu’une femme élève la voix au fond du bus. Alors, la jeune noire, toujours à l’écoute de son téléphone, ne peut s’empêcher de crier à la femme mécontente :

- Des gens sont en train de mourir là-bas en bas. Des gens meurent, s’il vous plaît, un peu de respect, des gens meurent ! Des gens meurent en bas !!

Puis elle reprend ses annonces.

- Un avion s’est écrasé à Philadelphie et dans d’autres villes.

Mon Dieu, il pleut des avions. Je me penche prudemment vers la fenêtre afin d’observer le ciel, m’attendant à tout instant à voir un avion nous tomber dessus. Je me referme complètement sur moi-même, en train de céder à la panique. Je n’ai plus conscience des gens qui m’entourent, sauf de cette voix.

Il faut qu’on rentre le plus vite possible. Mon sac est presque prêt, il me faut une heure pour tout ramasser, puis une demi-heure pour descendre prendre le bus pour l’aéroport et ensuite j’essayerai de prendre le premier avion en partance. Je ne vais pas attendre ce soir.
Mais le problème, c’est que la prochaine cible risque fort d’être un bus, et dans le tunnel plein à craquer de voitures, si ça explose, on est foutu. Je ne veux pas mourir noyée. Oh non ! Comment faire pour aller à l’aéroport ? Prendre le Washington Bridge ? Ouais, au moins si ça explose, il reste une chance de pouvoir nager éventuellement si on n’est pas touché par l’explosion……………

- 6 avions sont portés disparus !! (ce qui s’avèrera faux par la suite, comme nombre d’autres annonces qui ont fleuri dans le ciel new-yorkais ce jour-là).

Mon Dieu, c’est le début de la troisième guerre mondiale. Ce n’est pas possible. Je vais rester coincée ici à jamais…non, ce n’est pas possible. Plus d’avions, un océan entre moi et ma famille. Je me voyais déjà en train d’errer entre les ruines de New York comme au temps de la seconde guerre mondiale en Allemagne… je n’avais qu’une idée fixe : revoir mes parents et mon frère au moins une fois pour leur dire combien je les aime. Je ne pensais à absolument rien d’autre, ni personne d’autre. Juste les revoir au moins une dernière fois pour leur dire ça.
A ce moment-là, j’avais les yeux embués à l’idée que ça pourrait bien ne pas arriver. En tournant la tête, j’ai croisé le regard de Leslie. J’y ai lu de la surprise de me voir dans cet état bien que si mon souvenir est bon, son état d’esprit n’était guère plus brillant. Cependant, ayant eu le sentiment de lire de la réprobation dans ses yeux, cela a été salutaire. Je me reprends comme la fille raisonnable que je suis. Allez, allons-y petit à petit, rien ne sert de tout prendre en même temps. Pour le moment, on est dans le bus qui avance, direction chez Leslie. Après, j’irais faire mes bagages et on verra bien ce qu’on peut faire ensuite. Stop.

Après un gros soupir qui me libère (très vaguement) de la tension qui monte silencieusement, je reprends contact avec le monde qui m’entoure.
Le bus avance relativement rapidement. Il fait un temps splendidement indécent. Nous nous trouvons maintenant plus haut dans l’île, non loin de l’Empire State Building. Nous sommes plusieurs à penser qu’à NY, la prochaine cible sera l’Empire State Building. C’est avec crainte que je guette donc le ciel de Park Ave aux alentours du building. C’est avec un soulagement indicible que je le vois s’éloigner. Je ne suis pas la seule à sourire stupidement.

- Bon, normalement, on est tranquille là où on va (82 Sreet East, c’est-à-dire l’Upper East Side, ndrl). Il n’y a rien d’intéressant à faire exploser, dis-je à Leslie.
- Il y a le Metropolitan Museum, me rétorque-t-elle.
- Attends, ce n’est pas intéressant un musée, ça ne ferait pas assez de morts. Il y a d’autres lieux plus attractifs de ce point de vue : Rockfeller Center et tutti quanti.
Horrible conversation quand on y repense.


Soulagée quant à notre avenir immédiat (bien que l’idée d’une bombe dans notre bus m’ai déjà traversée l’esprit, mais bon, on ne pouvait rien y faire de toute façon), je me mets à regarder à l’extérieur. Là je suis choquée. Tout a l’air si normal que c’en est indécent. Quelques hommes d’affaires sortent des bureaux avoisinants et regardent craintivement vers le sud en attendant que le feu pour piétons passe au vert. Nous sommes au niveau de la 50ème rue sur Madison Ave maintenant. Après un moment encore d’immobilité forcée, coincées dans ce bus qui n’en finit pas d’arriver, nous nous approchons de notre arrêt de la 80ème rue. Là, l’ambiance extérieure est encore plus révoltante. Au niveau de Central Park, des gens, totalement inconscients de ce qui vient et est en train de se passer à seulement quelques centaines de mètres d’eux, sont toujours assis aux terrasses des cafés, en train de siroter leurs boissons. J’ai l’image devant les yeux d’un homme jeune, bien en chair, en train de dévorer à belles dents une glace, assis au soleil et plaisantant avec sa compagne. J’ai eu envie de pleurer et de vomir en voyant ça.

- Ce n’est pas possible, murmurais-je doucement.

Ecoeurée, je suis soulagée lorsqu’on arrive à notre arrêt. Confinées dans ce bus, en vase clos trop longtemps, serrées, bousculées, descendre et pouvoir reprendre un peu le contrôle des choses par le simple fait de marcher, est agréable. Il fait chaud, mais on se dépêche afin d’arriver le plus vite possible à la galerie d’art où loge Leslie. Pourquoi se dépêcher, je me le demande maintenant, mais en fait, je crois que ce qui nous pousse est le désir de savoir ce qui se passe grâce à la radio, à internet.


On monte les escaliers quatre à quatre, un peu bruyamment apparemment puisqu’une des voisines passe la tête par la porte pour voir qui fait tout ce raffut. Leslie m’explique énervée que de toute façon, elle passe son temps à espionner.
Arrivées dans la galerie, bien fraîche et à l’ombre, il est environ 11 heures. Leslie a branché la radio qui déverse son flot de paroles par les haut-parleurs situés dans les deux pièces. Pour le moment, on n’y prête pas beaucoup attention, Leslie se précipitant sur l’ordinateur. Je ne sais plus sur quel site elle s’est connectée, CNN je crois car Yahoo ne fonctionnait pas. Et c’est à partir du moment où j’ai vu cette toute petite photo des tours en feu au moment du crash du deuxième avion, que l’horrible irréalité a pris forme et que j’ai commencé à réaliser et à intégrer que ce qu’on nous avait dit depuis deux heures était vrai.
Abasourdies, horrifiés, on a survolé quelques articles tout en captant quelques mots de la radio qui déversait toujours ses mauvaises nouvelles en bruit de fond, sans souffler mot car ils ne servaient plus à rien. C’est là qu’on a appris que les deux tours s’étaient effondrées, que Washington avait bel et bien était touché et que des avions étaient encore portés disparus, mais qu’il n’y avait pas eu d’autres explosions à New York comme on nous l’avait annoncé.

My 9.11 wake-up call (part 9.9)

Leslie ayant reçu des mails d’amis très inquiets, on a réalisé qu’il fallait appeler nos familles respectives, ce que, sans l’ombre d’une hésitation, Leslie m’a accordé lorsque je lui ais demandé si je pouvais les appeler d’ici. Leslie a commencé à chiffrer le numéro de sa famille en Suisse, mais impossible d’obtenir une ligne, ça sonnait tout le temps occupé. Après quelques tentatives infructueuses, elle m’a passé l’écouteur. Plus chanceuse, j’ai obtenu une ligne tout de suite, et après quelques sonneries, m’a mère a immédiatement décrochée.
Lorsqu’elle m’a entendu, elle a poussé un énorme soupir de soulagement qui m’a tout de suite indiqué qu’elle était au courant, et horriblement inquiète. Bien entendu, elle a voulu savoir si j’étais saine et sauve.
- Mais Maman, tu te rends compte de ce qui se passe ici ??? Des avions dans les tours, lui ai-je rétorqué d’une voix totalement hystérique m’a-t-elle avouée plus tard.
- Mais où étais-tu ?
- Aux pieds des tours
- Aux pieds des tours !!!! répète-t-elle totalement horrifiée. Mon Dieu !!
Je la rassure en lui expliquant qu’on est parti juste avant qu’elles ne s’effondrent, que j’étais avec Leslie et qu’on vient seulement d’arriver chez elle d’où je l’appelle.
Je ne me souviens plus très bien de la suite de l’entretien, sauf qu’ils étaient extrêmement inquiets, mon père et elle. Voyant que Leslie commence à s’impatienter car elle aimerait bien joindre sa famille elle aussi, je lui propose que mes parents essayent de joindre les siens pour les rassurer puisqu’il n’y a pas de problèmes de lignes téléphoniques saturées en Europe. Je lui passe ma mère afin qu’elle lui donne le numéro de téléphone, soulagée. Finalement, juste après avoir raccroché d’avec ma mère, elle retente le numéro de ses parents et les obtient finalement, assez rapidement.

Je m’éloigne alors un peu, afin de la laisser discuter librement, et c’est alors que j’ai tout le loisir de me concentrer sur la radio. Le journaliste a l’air un peu perdu, à peu près tout aussi choqué que nous, aussi peu informé de ce qui se passe vraiment. Il répète inlassablement les mêmes informations, énonçant les nouvelles données dès qu’il les obtient. Ainsi : plusieurs avions sont toujours portés disparus d’après les radars des tours de contrôle. Les tours se sont effondrées, écrasant les rames de métro qui ont eu le malheur de passer en dessous à ce moment là, bloquant les lignes de métro. Le nom de Ben Laden revient régulièrement.

Ils sont gonflés d’accuser quelqu’un à la légère comme ça, juste après le drame. Ils n’ont pas de preuves concrètes, ce n’est pas possible aussi rapidement. Me dis-je tout en tournant en rond dans les deux pièces qui constituent la galerie car il m’est absolument impossible de tenir en place deux minutes.

Toutes les entrées sur Manhattan sont bloquées. Le ciel aérien est fermé. Les transports et toutes les institutions publiques sont paralysées. Nous sommes le jour de l’anniversaire des accords de Camp David.

- Tu as entendu ? demandais-je à Leslie qui après avoir raccroché est toujours connectée à Internet tout en écoutant la radio.
- Quoi ?
- Camp David. C’est pour ça !!!! C’est le jour de l’anniversaire des accords. C’est pour ça que ça s’est passé aujourd’hui !!!

Bizarrement, avoir trouvé une explication (même erronée comme il s’avèrera par la suite) me permet de me libérer d’une partie de mon angoisse, je commence à apercevoir une explication. Cependant, c’est tellement énorme ce qui vient de se passer que je n’arrive pas à comprendre comment on peut en arriver là. Vient la colère. Leslie, comme moi, est à cran et énervée. On tourne en rond ensemble. On va de la fenêtre à l’ordinateur, à la fenêtre donnant sur la cour intérieure ensoleillée. Tout est calme et paisible, la rue n’est pas très passante, et il n’y a de toute façon plus de voitures circulant dans Manhattan en dehors des ambulances que l’on entend de loin en loin, et de plus en plus rarement, la journée passant. C’est étrange ce calme, cette atmosphère somme toute paisible, en totale opposition avec le chaos qui est déversé par les haut-parleurs.

Petit à petit, après environ deux heures passées à écouter les nouvelles, comme la situation semble s’être « stabilisée » (du moins, les journalistes n’ont plus grand chose de neuf à nous apprendre pour le moment), je me rends compte qu’il faut que je rentre chez mes amis car j’ai dit à ma mère qu’on se rappellerait à ce moment là, j’ai envie de lui parler. En plus, je n’ai pas joint mes amis qui ne savent donc pas ce que je suis devenue, moi ne sachant pas ce qu’il leur est arrivé non plus.
Au bout d’une demi-heure encore, je me décide finalement à partir, laissant Leslie toute seule, tout en se promettant de se téléphoner pour voir si tout va bien.

Afin de rejoindre l’appartement de mes amis, il me faut juste traverser Central Park. C’est assez curieux. Il est environ 13h30, il fait beau, le soleil écrase tout le paysage de lumière, l’air est calme dans les rues dépourvues de voitures.
Je passe devant un stand qui, comme tant d’autres, vend des souvenirs pour touristes à l’entrée du parc. Je pense à mon cousin car je vois la casquette qu’il m’avait demandé de lui rapporter de New York si je le pouvais, mais franchement à ce moment là, ça me semble tellement ridicule, que j’en pleurerais presque. De toute façon, les alentours sont déserts, le stand est abandonné à son triste sort.
Il y a paradoxalement beaucoup de monde dans Central Park. Comme il n’y a plus de métro, les gens sont obligés de marcher. Devant moi passe une jolie brune. Comme je marche la tête baissée, je m’aperçois qu’elle marche sans chaussures, en collants.

Mais elle n’est pas nette, elle va abîmer ses collant. est ma réaction immédiate. Je lève les yeux pour regarder à quelle genre de personne j’ai affaire, les originaux étant plutôt monnaie courante à NY. En fait il s’agit d’une employée de bureau qui a tellement mal aux pieds à force de marcher qu’elle a tout bêtement mis ses chaussures dans son sac à main, car elle n’en était plus à des considérations matérielles de collants abîmés…



La suite de l’après-midi est confus, forcément. L’arrivée à l’appartement pour y trouver Luiza à deux doigts d’appeler la police pour signaler ma disparition, apprendre que Nicolas était à côté du bâtiment touché à Washington et qu’il est coincé dans la ville jusqu'à nouvel ordre. Les sous-vêtements de Luiza vite rangés pour que je puisse regarder la télé dans la chambre.
Les images de l’endroit même où je me suis tenue il y a peu, blanc de débris et poussière me font peur.


[…]


Le petit déjeuner le lendemain, seule dans l’appartement, encore déboussolée, mais ayant bizarrement bien dormi. Sensation de flottement, difficulté à se concentrer et à penser. Je me dirige vers le rebord de la porte fenêtre de la cuisine, la tête vide, pour regarder dehors, essayer d’entendre des bruits, de la vie.
Rien. Personne. Le ciel est gris. La pluie ne va pas tarder
Cependant, une odeur de barbecue monte. Indignée que qqn puisse faire un barbecue dans un moment pareil, je me penche, me tord le cou pour voir qui fait ça dans les jardins.
Jusqu’au moment où je comprends d’où vient cette odeur et une nausée abrupte me fait me tourner violemment vers la cuisine, la main sur la bouche.

Dans les rues ? C’est pire. Inimaginable.


Juillet 2002, en face de Detterbeck.

Saturday, 21 February 2009

21 Février 2009

The problem with keeping thoughts to yourself is that you never find out when you're wrong.

Friday, 20 February 2009

20 Février 2009

Savoir quel jour on est peut être sacrément utile parfois.

Porter une montre aussi.

Il y a des détails comme ça.

Thursday, 19 February 2009

19 Février 2009

Ca n'aura pas approché les 0°C de la semaine!
Sauf à Attela, où il fait -3°C depuis 12 mois!

Wednesday, 18 February 2009

18 Février 2009

Hummmm la fondue était fondante jusqu'à la découverte du champignon mystère. Mais elle, au moins savait se tenir, pas comme le vin chaud des mes paris hilton de voisines.
Mes chaussures ont la rougeole maintenant, c'est malin!

Tuesday, 17 February 2009

17 Février 2009

Pourquoi aller affronter les flocons? C'est violent un flocon mine de rien, c'est glacé, c'est souple et ça se glisse partout rien que pour vous embêter! Nan mais.

Sunday, 15 February 2009

15 Février 2009

Au menu de l'apéritif: le Fendant.
(Sainte gaffe, jour 2)

Non, ce n'est pas une histoire à se fendre d'un sourire. Quoi que...

Bref, le fendant dans le verre, le verre dans ma main mais pas encore dans ma bouche (détail qui a son importance).
Moins d'une seconde plus tard, le fendant est sur le tapis, sur le canapé, sur mon jean, sur ma main et ce qui en reste après tout ça, dans le verre. Mais toujours pas dans ma bouche!
C'est quoi ces verres sauteurs?

Saturday, 14 February 2009

14 Février 2009

La saint quoi? Enfin moi c'est le début de la sainte gaffe surtout.
Au menu du soir: le tube de dentifrice.

Il décide de jouer à l'anguille et me glisse entre les doigts alors que je faisais une remarque hautement (toujours) intelligente (forcément) sur une publicité suisse pour... hum... j'ai un doute. M'enfin ça ne changera pas le cours de l'histoire je suppose.

Pour revenir à mon histoire suisse, forcément, le tube était déjà ouvert.
Et la nouvelle salle de bain se retrouva décorée. Surtout le nouveau meuble, of course, de haut en bas.
C'est très plein un tube neuf...

Friday, 13 February 2009

13 Février 2009

I'm off to some poudreuse. J'espère m'y plonger totalement. Mais je reviendrai quand même, si vous êtes gentils.

Juste pour vous.